6
Le rodick

Suivant les ordres de la princesse, les icariens solidifièrent le filet de lianes d’Amos et le transformèrent en nacelle assez solide pour supporter deux passagers. Aélig y prit alors place et invita son ami à monter l’y rejoindre. Les homme-oiseaux déployèrent leurs ailes et s’envolèrent vers les nuages en emportant avec eux la princesse et son invité.

— Wow ! s’exclama Amos, c’est extraordinaire de voler !

— Tu n’avais jamais volé auparavant ? lui demanda Aélig en lui prenant la main.

— Oui, une fois déjà, répondit le porteur de masques, lors d’un voyage en flagolfière, mais je trouve l’expérience toujours aussi fantastique !

— Qu’est-ce que c’est, une flagolfière ?

— C’est un appareil inventé par Flag Martan Mac Heklagrœn, un lurican inventif et très débrouillard !

— Une machine à voler ! ? s’étonna Aélig. Mais voyons, c’est impossible !

— C’est ce que je croyais aussi, dit Amos, mais je te jure que cette machine existe vraiment…

— Bon, si tu le dis… je te crois. Tu m’expliqueras son fonctionnement plus tard si tu veux. Regarde comme les montagnes sont jolies vues d’ici !

Devant eux, des dizaines de sommets enneigés perçaient, çà et là, l’épaisse couche de nuages.

— On dirait une mer blanche parsemée d’îles, s’émerveilla Amos. C’est à couper le souffle !

Au même moment, une vingtaine d’oies sauvages se joignirent au vol des icariens et entourèrent bientôt la nacelle.

— Elles sont en migration, expliqua Aélig. Ces oies nous utilisent comme bouclier contre le vent. Ainsi, elles économisent leurs efforts pour pouvoir voler plus longtemps. Ce sont des créatures très intelligentes !

— C’est incroyable de les voir voler si près de nous ! lança Amos, fasciné. Je pourrais presque les toucher. Quelle force et quelle agilité ! Elles se placent toujours dans le bon angle afin d’éviter les efforts inutiles. Tu as raison, ces oies doivent être très futées.

— Tu n’as encore rien vu, cher sans-ailes ! fit Aélig en riant. Regarde plutôt ça !

L’icarienne se lança hors de la nacelle et se laissa tomber en boule, dans le vide, pendant plusieurs secondes. Amos eut un vertige en voyant son amie chuter, mais il se rappela vite qu’elle avait des ailes. Rassuré, il s’installa confortablement dans la nacelle et l’observa attentivement.

Avec la grâce et l’élégance d’une ballerine, Aélig déploya ses ailes justes avant d’arriver aux nuages. Du bout des doigts, elle y traça de longs traits qui s’étirèrent dans les cumulus, puis y plongea la tête la première. Comme un dauphin qui s’amuse dans l’onde, elle en émergea une bonne dizaine de fois en exécutant des vrilles, des pirouettes et des culbutes. Ses mouvements, toujours énergiques, étaient accomplis avec finesse et résultaient visiblement de plusieurs années d’entraînement.

— C’est notre championne ! dit à Amos l’un des icariens qui portaient la nacelle. Elle est d’une rare élégance, n’est-ce pas ?

— Une championne ? s’étonna le garçon. Faites-vous des compétitions de… de vol ?

— Bien sûr. C’est ce qu’on appelle le ballet aérien, lui répondit avec fierté l’icarien. Tous les ans, la cité de Pégase organise un grand concours en l’honneur de notre dieu. Nous appelons ces festivités les Grandes Pégaseries ! Il y a aussi des concours de sculpture et de philosophie, des jeux de force ou d’adresse, mais l’une des disciplines les plus appréciées des spectateurs est le ballet aérien. Depuis trois ans, Aélig est notre championne !

— Effectivement, elle est vraiment… épatante !

— On dirait qu’elle ne fait qu’un avec l’air, ajouta l’icarien. Quelle beauté de la voir !…

Aélig se cabra et remonta d’un trait vers la nacelle. La princesse exécuta alors un enchaînement de bonds aériens, puis une série d’étourdissantes rotations avant d’effectuer un ultime plongeon spectaculaire. Amos et les icariens applaudirent en sifflant d’admiration. L’excitation apeura les oies qui se détachèrent des homme-oiseaux et, finalement, Aélig regagna la nacelle en quelques battements d’ailes.

— Alors…, dit-elle, essoufflée, en s’agrippant au filet. Tu as… tu as aimé ?

— C’était spectaculaire ! Je crois n’avoir jamais vu rien de si beau ! fit Amos. Donne-moi la main que je t’aide à t’approcher !

— Rien de si beau ?

Aélig rougit légèrement en prenant place près du garçon.

— Je crois que… ouf, je crois que tu exagères !

— Sincèrement, continua Amos, je crois qu’il n’existe pas de plus belle créature que toi dans ce monde. Tu as l’agilité et la grâce d’un oiseau, tu portes les couleurs des plus beaux couchers de soleil et chaque seconde en ta présence m’apporte une grande joie !

— Attention, jeune homme ! s’exclama Aélig, amusée. Vous parlez comme quelqu’un qui tombe amoureux !

— Je crois bien que… c’est fait, je suis effectivement tombé amoureux, lui murmura Amos à l’oreille.

— Je crois bien que… c’est réciproque, lui répondit Aélig en l’embrassant sur la joue. OH, REGARDE ! Tu vois, là-bas ? C’est la cité de Pégase !

— Le petit point au loin ?

— Oui, exactement ! Elle paraît toute petite mais, en réalité, elle est gigantesque !

— J’espère que ma présence ne te causera pas de problèmes, s’inquiéta le garçon.

— Mais non, rassure-toi ! Il est temps que les vieilles lois tombent et que les habitants de la cité se dépoussièrent un peu les idées…

Aélig avait raison, la cité de Pégase était gigantesque. Elle trônait comme un joyau oublié au sommet d’une immense montagne ceinturée d’épaisses couches de nuages. On apercevait la ville qui regorgeait de tours et de tourelles, de grandes places publiques et de monuments. Il y avait des centaines de fontaines, des jardins et des parcs, des boutiques, des écoles et d’énormes temples. En survolant la ville, on voyait que, partout, grouillaient des milliers d’icariens au physique et au plumage très différents.

— Tu verras, Amos, observe bien et tu remarqueras que la grande majorité des soldats icariens sont de la lignée des oiseaux de proie. Ils sont courts, forts et leurs ailes sont assez petites. La plupart des habitants que tu croiseras sont des descendants de grandes familles d’oies et de canards. Ce sont eux qui dirigent le commerce dans la cité ; ce sont de bons marchands et d’habiles négociants. Au palais, les meilleurs majordomes sont de la famille des pélicans, car il s’agit d’une espèce discrète et silencieuse. Tu verras aussi que les servantes les plus dévouées ressemblent à des grues. Elles sont très faciles à reconnaître avec leurs longues jambes !

— Et toi, à quelle lignée appartiens-tu ? demanda Amos.

— Moi, je suis de sang royal, voyons ! s’indigna faussement Aélig. Je descends du paon !

— Oh, désolé ! Je ne voulais pas t’offenser, s’empressa de corriger le garçon.

— Mais non, je ne suis pas fâchée, le rassura la princesse. Tu ne pouvais pas savoir ! En fait, il y a deux lignées royales : la lignée des aigles huppés et celle des paons. Les icariens huppés – c’est ainsi qu’on les appelle à cause de leur huppe très caractéristique derrière la tête – ne détiennent plus le pouvoir depuis plusieurs générations, mais ils veulent toujours reconquérir le trône. Ils complotent constamment contre nous, mais les paons sont solides, logiques et beaucoup plus intelligents qu’eux. Nous déjouons facilement leurs petits complots ! Nos légendes racontent l’arrivée d’une nouvelle reine qui bouleversera les croyances des icariens, unira les différentes lignées de notre race et participera à une grande union avec les sans-ailes.

— Et tu crois être cette reine ?

— Je ne le crois pas, j’en suis certaine, déclara fermement Aélig. Les prêtres ridiculisent cette prophétie et préfèrent ne pas l’enseigner, mais, moi, je l’ai lue secrètement sur les rouleaux d’or et d’ambre ! D’ailleurs, ma rencontre avec toi ouvre les portes d’une alliance entre les icariens et le monde aptère. Toi et moi sommes bien la preuve qu’il existe des atomes crochus entre nos deux races et que nous pouvons vivre ensemble dans la paix et… et…

— … dans l’amour ?

— Et dans l’amour.

À ce moment-là, les icariens atterrirent sur la piste de la porte du Midi, l’unique accès à la Ville pourpre. La princesse et son hôte descendirent de la nacelle et furent accueillis par une impressionnante quantité de gardes. Des homme-oiseaux, aux allures de faucons en chasse, pointaient agressivement leurs arcs en direction d’Amos. Le porteur de masques leva les mains et jeta un coup d’œil furtif autour de lui en prévision d’une fuite rapide. Ainsi qu’Aélig l’avait décrit, il y avait bien cinq portes derrière l’armée des archers. Cinq portes magnifiquement sculptées d’or et menant au Palais du trône, au Pavillon de lecture, au Temple du culte de Pégase, aux urnes dynastiques et aux résidences royales.

— BAISSEZ VOS ARMES ! hurla Aélig, en colère. CE N’EST PAS UN ENNEMI, IL EST MON INVITÉ !

Les icariens, perplexes, se regardèrent du coin de l’œil, mais ne bronchèrent pas.

— JE VIENS DE VOUS DONNER UN ORDRE ! insista la princesse, folle de rage.

— Un ordre qui a peu de poids contre celui d’un roi, fit un icarien aux couleurs éclatantes qui venait de se détacher du groupe.

— Père ! Comme je suis contente de vous revoir !

— Moi aussi, petite impertinente ! répondit le souverain en serrant les dents. Mais je suis fatigué de tes fugues à répétition, Aélig ! Fatigué de tes crises de gamine ! Fatigué de ton sale petit caractère et fatigué de ta constante désobéissance à nos lois !

— Oui, mais, père, je…

— NE M’INTERROMPS PAS QUAND JE PARLE, AÉLIG ! se fâcha tout à coup le roi. Tu crois que tu peux tout te permettre ? Tu crois que tu peux bafouer ainsi notre culture et notre peuple ? Tu sais ce qu’il en coûte d’amener un sans-ailes ici ? Le sais-tu ?

— Oui, je le sais, mais si…

— ALORS, SI TU LE SAIS, POUR L’AMOUR DE PÉGASE, POURQUOI L’AVOIR FAIT ? Ce sans-ailes sait-il que tu viens de le condamner à la mort ? Je suppose que tu as oublié de le lui mentionner ?

Même si Aélig et son père parlaient en icarien, le ton de leur discussion fit comprendre à Amos qu’il n’était pas le bienvenu. Il regarda derrière lui et constata qu’il se tenait à quelques pas du vide. Pour s’échapper, deux choix s’offraient à lui : les gardes armés devant ou le grand plongeon derrière ! Choix difficile !

Puis le roi tourna la tête vers lui et lui demanda en langue nordique :

— Comment t’appelles-tu, sans-ailes ?

— Je me nomme Amos Daragon, répondit le garçon en s’inclinant.

— Sais-tu que ma fille, Aélig, vient tout juste de te condamner à mort en t’amenant ici avec elle ? Nos lois sont strictes et stipulent que les sans-ailes qui foulent le sol de la cité de Pégase doivent être exécutés. Ceci est une question de sécurité pour nous protéger de la barbarie des races sans noblesse et sans morale. L’existence de cette cité doit demeurer secrète et tout étranger qui y pose le pied ne doit pas en repartir.

— La princesse ne m’avait pas informé de ce détail, fit Amos en se redressant. Mais soyez certain que, malgré le respect que je porte à votre culture et à vos lois, je défendrai chèrement ma peau.

— Prétentieux ! siffla le roi. Que peux-tu faire contre mes hommes ?

Un icarien de la garde personnelle d’Aélig s’agenouilla et déclara :

— Oh, puissant souverain, ce garçon s’est joué de notre unité tout entière ! Son corps résiste aux flèches et le vent lui obéit ! Il commande également à l’eau et au feu ! Nous avons fait l’expérience de ses pouvoirs… Croyez-moi, ô bon roi, il est plus dangereux qu’une panthère et plus rapide que l’éclair !

— Eh bien, voyons donc cela ! s’écria le roi, incrédule.

Le souverain saisit alors l’arc de l’un de ses soldats et décocha une flèche à Amos. Sans broncher, le porteur de masques reçut le projectile dans la cage thoracique, tout près du cœur.

— NOOOON ! hurla Aélig, horrifiée.

— Nous allons bien voir s’il y résistera ! fit le roi en déposant l’arc par terre.

Sous les ricanements du roi, Amos tomba à genoux, étourdi par la douleur. Le masque de la terre commença son travail et remplit de boue bienfaitrice sa blessure. Le garçon se releva et retira la flèche de son corps. Tous les icariens reculèrent d’un pas en poussant des exclamations de surprise.

— Mais c’est impossible ! s’exclama le monarque.

— Père, je t’en prie, écoute-moi…, l’implora Aélig.

— TUEZ CE GARÇON ! ordonna le roi à ses hommes sans écouter les supplications de sa fille.

Tous les icariens tirèrent leur flèche en même temps. Amos se concentra et, de la main, balaya un demi-cercle dans l’air. Utilisant ses pouvoirs sur le feu, il créa une barrière invisible pour se protéger. Tous les projectiles s’embrasèrent alors et terminèrent leur course à ses pieds, en cendres. Trois volées de flèches furent ainsi réduites en poussière.

Devant une telle puissance, les soldats de la ville pourpre reculèrent d’un autre pas.

— ARRÊTEZ MAINTENANT ! cria Aélig. Vous voyez bien qu’il ne sert à rien d’utiliser la force contre lui !

— Mais qu’as-tu fait, Aélig ? Pauvre fille ! lui dit le roi avec colère. Tu nous ramènes un mage aux pouvoirs exceptionnels et tu crois que…

— JE VEUX QU’IL SOIT MON RODICK ! coupa Aélig. JE L’AI CHOISI !

Un murmure réprobateur se répandit dans les rangs des soldats icariens.

— Non… Oh non ! C’est… c’est impossible, balbutia le roi.

— Vous savez très bien que c’est possible, père ! insista la princesse. Nos lois stipulent qu’aucun sans-ailes ne doit pénétrer dans la cité de Pégase. Mais elles stipulent aussi que la cité est ouverte à tous les rodicks qui veulent tenter leur chance…

— Oui… mais… mais les rodicks doivent être des homme-oiseaux ! répondit le roi, contrarié.

— J’ai consulté les rouleaux d’or et d’ambre, et nulle part il n’est mentionné qu’un rodick doit obligatoirement être pourvu d’ailes ! Demandez-le donc aux gardiens du dogme !

Le roi se tourna alors vers un icarien au plumage d’ébène. L’homme-corbeau confirma d’un petit signe de la tête les paroles d’Aélig. Le roi, paniqué, reprit tout de même la parole :

— Mais ces rouleaux sont secrets et sont réservés uniquement aux…

— … aux initiés, je sais ! Seulement, je suis la princesse du royaume et, en tant que future souveraine, je me suis accordé la liberté d’en prendre connaissance. Je n’ai fait cela que dans le but de me préparer à mes nouvelles fonctions. Ma démarche était politique, donc, selon nos lois, justifiée !

Du regard, le roi interrogea de nouveau l’icarien noir. Pour la seconde fois, celui-ci confirma la justesse des paroles de la princesse.

— Comme vous le voyez, père, continua Aélig, je suis bien informée et je sais aussi que la loi qui empêche les sans-ailes de visiter la cité de Pégase est plus récente que la loi sur les rodicks. Dans notre système politique, les plus anciennes lois ont toujours préséance sur les nouvelles ; un sans-ailes peut donc être admis dans la cité uniquement s’il est rodick, et je viens à l’instant de lui accorder ce titre !

— Mais… mais… ma fille, répondit le roi en se radoucissant, imagine la réaction des icariens ! Que va-t-il se passer dans notre cité ? Tu vois les émeutes ? Et comment endigueras-tu le mécontentement de ton peuple ?

— Ce sera un coup dur pour le peuple, MAIS IL SURVIVRA ! affirma la princesse d’un ton tranchant. Il est temps que les choses changent, que les mentalités évoluent !

— Seul un dieu fera accepter au peuple un changement aussi radical. Pas une reine ! Même si elle est aussi têtue qu’une mule !

— Nous verrons bien, père. Pour l’instant, j’exige que mon rodick soit traité avec la même déférence que mes autres prétendants ! Je veux qu’on l’installe dans le palais des invités de la Ville pourpre et qu’on lui accorde un libre accès à toute la cité de Pégase ! Est-ce clair ?

Le roi serra les dents et ordonna que la volonté de sa fille soit respectée. Six grandes icariennes aux longues jambes et aux plumes blanches s’avancèrent et invitèrent le garçon à les suivre. Aélig se tourna vers Amos.

— On ne te fera pas de mal, je te l’assure. Suis ces femmes, elles vont t’installer convenablement dans les appartements royaux. J’irai te voir plus tard…

— Il faudra aussi que tu m’expliques ce qu’est un rodick, murmura Amos tout en passant près de son amie.

— Je t’expliquerai plus tard, lui chuchota-t-elle à son tour.

 

La Cité de Pegase
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